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Le récent ouvrage de Eric Bertrand The road, taper la route!

12 février 2018

 

Qu’est-ce qui peut amener un écrivain à reprendre un premier récit et à lui donner une seconde vie ? C’est vrai que l’on n’écrit pas comme il y a 25 ans, mais encore ?

L’auteur Eric Bertrand s’est-il lancé trois défis ?

Le premier serait de faire revivre son aventure, la traversée des Etats-Unis par deux jeunes étudiants : c’est l’appel de la route raconté dans « la route, la poussière, le sable ».

Kérouac leur chuchotait aux oreilles d’aller conquérir la « road des Etats-Unis ». C’était comme une jeune fille sensuelle, elle était devenue trop séduisante, ils n’allaient pas résister à l’appel du bitume !

Les deux jeunes garçons sûrement en mal d’aventures, projettent de dévorer l’inconnu coûte que coûte ! La route, il fallait à tout prix la manger kilomètre après kilomètre. Ce n’est pas le tour du monde en 80 jours, l’objectif est de faire le tour des Etats-Unis en 33 jours ! Impossible n’est pas un mot pour les jeunes prêts en découdre, prêts à défier toute difficulté, toute autorité. Le pouce est levé malgré les interdictions de le faire en cette Amérique ! A chaque embarquement, c’est la surprise, les cavaliers de la route avalent le bitume, mangent leur naïveté au prix de la prison, crispent leurs estomacs à l’eau métallique, digèrent leur envie de vengeance au fil de rencontres les plus hasardeuses. Parfois au volant de voitures américaines, ils emmènent leurs montures pétaradantes par delà les vallées et les plateaux arides et les déserts, côtoyant d’un moment à l’autre, au fond de camion, sur les trottoirs ou dans des chambres de luxe la richesse et bassesse humaine.

 

« Dans la gourde l’eau devenait amère et métallique. Lucky et John attendaient. Ils sentaient en eux le soleil opérer et les rayons, comme des traits de scalpel, travailler la fibre des cheveux, tirer le cuir de la peau et dilater les yeux. Ils devenaient cavaliers de la route, et au passage de chaque voiture, c’était comme s’ils allaient sauter en selle, agripper l’encolure et cravacher. »

 

Eric Bertrand nous fait revivre ce récit au prix d’un second défi. Cette fois, il prend la place d’un jeune lycéen un peu paresseux qui n’a pas d’atomes crochus pour la lecture. Pour une punition, l’ancien aventurier devenu professeur lui demande de lire l’ouvrage et de le présenter à ses camarades. L’élève se prend au jeu et va dépasser la demande professorale en proposant d’améliorer le premier récit un peu désuet à ses yeux, bref en le rendant plus léger, plus virevoltant et même en y ajoutant de la fiction. C’est donc une seconde écriture toute renouvelée du récit : et ça marche, on le relit, on brûle à nouveau sous le soleil, on roule, on roule et on perçoit encore davantage cette folie d’aller à la frontière du réel et du Wild.

 

Et le troisième défi, c’est de nous faire partager par la voix du lycéen et par ses commentaires comment l’écrivain lui-même manie l’écriture : passage du récit au roman, définition des acteurs,… Loin d’être une leçon, la parole du lycéen dans son journal intime nous livre la différence de perception entre le monde actuel et celui de 1983 année de l’aventure des étudiants : « Je continue de me projeter dans l’aventure mais j’éprouve des difficultés à me situer dans un monde où, par exemple, le seul moyen de donner des nouvelles ou d’en recevoir passait par le courrier ou, éventuellement, par le téléphone fixe. Pas de Google Map, pas de GPS…Eric et Pascal se repèrent sur une carte. … Nos deux « petits Frenchies » sont « lâchés » dans la nature, sur le territoire américain, comme des fauves livrés à eux-mêmes, sans collier et sans puce électronique. » C’est donc un regard presque distancié sur deux constituants du livre : sur le fond de l’aventure mais aussi sur la forme de l’écrit que l’on peut choisir à tout moment suivant ce que l’on a à dire.

Et le livre gagne en dynamique tout en gardant la chronologie de l’aventure. Amis lecteurs, avides de récits de voyages, avides de découvrir comment écrire, avides de beaux textes imagés, lisez-le, vous serez happés par l’humour et la dérision.

C’est TAPER LA ROUTE (hit the road) par Eric Bertrand chez Morvenn Editions.

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