Ecriposoph, le blog de Francis Lepioufle

la quête de soi ou le wild permanent

2 mars 2008 · 1 Comment

Je viens de lire un livre écrit par un ami. Le titre est “pour y voir Clerc” aux éditions Aléas. Je n’avais pas eu la possibilité de l’avoir entre les mains. J’ai lu les différents livres qu’il a écrit précédemment. Vous trouverez sur son blog les différentes créations en rapport avec le théâtre, des travaux sur Victor Hugo et des nouvelles. Les “nouvelles pour l’été” m’avaient particulièrement séduit,  dans un chapitre, par l’évocation d’un être cher, le grand-père. Au-delà de la proximité retrouvée, c’était ce mouvement de recherche, cette démarche de quête de la relation intime disparue.

Cette fois, dans “Pour y voir Clerc”, Eric Bertrand, cet auteur dont je vous parle, va à mon avis plus loin encore. Une boîte, retrouvée à l’occasion d’un déménagement, ouvre la porte aux souvenirs. Les morceaux de chansons de son Julien Clerc, ouvrent le coeur de madeleines proustiennes et déplient les feuilles du passé, feuilles parfois recousues sur de grands plaies.

Quel objet retrouvé n’a-t-il pas joué ce rôle en chacun de nous, me direz-vous? Ici, j’ai beaucoup apprécié l’écho entre la vie de l’auteur et les paroles du chanteur(dont j’ai découvert les paroles que j’avais entendues sans les avoir pleinement écoutées).

Au-delà de ce lien très fort, je retrouve ce mouvement de recherche, de quête de quelque chose ; quand je relis des passages “la route, la poussière et le sable”, je découvre ce voyage, voyage lointain plein de surprises au far, far ouest, sans limites ; mais ce voyage me semble encore plus riche par ce plaisir du dépassement du quotidien, de cet épanouissement quand il ne reste rien sinon soi face à ses limites ou son désir d’aller plus loin encore. Encore plus loin est la confrontation avec l’autre, cet ami de voyage. Mais le voyage n’est-il pas encore plus grand dans les instants difficiles quand le voyageur découvre enfin l’autre caché tout près de son coeur, l’être cher ou celui que l’on méprise ou bien celui que l’on voudrait enrichir d’expériences originales pour être enfin l’être qui a mérité de vivre, pas seulement manger et dormir mais celui qui veut porter le regard sur son alter, son égo, son soi . C’est vrai qu’on peut y perdre la face. L’expression est riche de sens, la face étant ce sur quoi l’autre porte le regard. Alors, se regarder la face revient à porter un regard réflexif. Et le soi est facile à regarder mais il se révèle difficile à décrypter car il a une longueur d’avance sur notre voyage.

Les voyages vers le far west, l ‘Ecosse lointaine et rugueuse, toujours l’appel de la forêt, la forêt intérieure toujours plus verte ou grise ou de sable qui fait briller au loin les étoiles de notre quête future.

Ce voyage au pays de Clerc me semble sur ce point révélateur de cette quête de soi . Le tutoiement utilisé surprend au départ. Ce n’est pas l’interpellation du lecteur mais l’interpellation de cet autre, ce soi que l’on recherche par ces vrais voyages vers l’ouest, encore plus vers les rivages où la rudesse de la vie vient confronter notre vraie réalité à celle du prétexte .

En réalité, ce wild si vert, si gris, , quand on le lit avec des lunettes fines vers son intérieur, dévoile toutes les richesses intérieures.Voyage, voyage, quand tu nous tiens! Le lointain revient vers notre proximité la plus proche, la plus intime, notre soi.
Et les traces géographiques ne seront-elles seulement que les véhicules pour permettre à notre imagination de pétrir les madeleines proustiennes ?

Les mots pour l’exprimer sont alors un chemin de redécouverte merveilleux.

Categories: société · écriture

1 response so far ↓

  • Eric // 3 mars 2008 at 5:48

    Nous avons toi et moi dans nos livres “de Rochers” la même fracture à sonder et le même cheminement. Je développerai ça mercredi dans mon blog.

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